Statues Menhirs Languedociennes

D'après une étude du Docteur Arnal spécialiste des mégaliyhes)



dans L'ALMANACH DU LANGUEDOC-ROUSSILLON - 1999
Le Midi de la France comprend trois groupes distincts de Statues Menhirs : rouergat, languedocien, provençal. Elles appartiennent à des cultures différentes bien qu'elles datent toutes de la même période, le Néolithique final et le chalcolithique - quelque chose comme 2600 à 1800 ans avant notre ère. Ces stèles représentent toutes des humains très stylisés sur des dalles travaillées. Leur morphologie, leur localisation, leur répartition, leur rôle sont différents.


Les statues rouergates

On trouve les statues rouergates dans les hauts cantons héraultais. Principalement dans les monts de l'Espinouse. Les tailles de ces statues - menhirs rouergates s'échelonnent entre quatre~vingt centimètres et quatre mètres cinquante avec une moyenne autour d'un mètre cinquante. Elles sont façonnées sur des dalles peu épaisses bien régulières sur toutes les faces en granit, grès ou gneiss locaux. Elles devaient être plantées dans le sol, mais aucune n'a été découverte sur place et ce sont les labours et remises en cultures qui le plus souvent les font connaître. Ces stèles sont sculptées en bas-relief ou gravées. Le visage, quand il existe, est à peine esquissé : généralement deux creux pour les yeux et un long nez rectiligne. Il arrive aussi qu'un léger relief matérialise la face, et que, sous les yeux, des séries de traits soient interprétables comme des tatouages ou des peintures corporelles. Les bras et les mains sont fréquemment représentés ; ils se prolongent dans le dos par des crochets-omoplates. Parfois, une vaste cape est indiquée, avec des plis très marqués au verso de la statue. Une ceinture, avec ou sans boucle en fait le tour. Ni la taille ni le cou ne sont portés, ce qui donne une allure particulièrement massive à ces monuments. De la ceinture partent les jambes avec pieds matérialisés ; cela a fait dire qu'il s'agissait de personnages représentés assis, l'un des attributs des divinités.

On distingue des statues menhirs féminines et masculines. Les premières se reconnaissent à leurs seins, gravés ou en relief, à leur longue chevelure dans le dos et à un collier à plusieurs rangs. Les secondes portent parfois une hache et un arc, plus souvent un baudrier et un "objet"ou "pendeloque poignard" en sautoir. Ce dernier a été à juste titre rapproché d'objets réels découverts en milieux archéologiques qui ont donc pu apporter des éléments de datation, sans que le mystère de leur utilisation soit encore élucidé. Ces caractéristiques très marquées étaient destinées à insister de toute évidence sur le sexe de la statue. Dans quelques cas, celui-ci a été changé par piquetages et élimination des attributs sexuels antérieurs et rajouts de nouveaux attributs.
Le groupe rouergat a été divisé par les spécialistes en plusieurs sous~groupes, dont celui des Monts de Lacaune, avec des statues de grande taille, souvent en granit, et le groupe rodézien plus au nord, aux statues de grès fréquemment plus petites.

L'absence de toutes archives archéologiques associées, habitat ou sépulture, empêche d'avoir des certitudes sur leur signification. Il peut s'agir de divinités en liaison avec la forêt où les hommes du Néolithique final allaient chasser le sanglier et le cerf. Mais étaient-ce des divinités tutélaires destinées à protéger les chasseurs et à favoriser leurs entreprises, ou au contraire des dieux menaçants qui interdisaient certains secteurs ou délimitaient des territoires ? Quel était le rôle respectif des statues-menhirs féminines et masculines ? Pourquoi furent-elles abattues ? Le mystère reste entier.


Les Stèles languedociennes

Leur terroir est situé entre le Rhône à l'est, le fleuve Hérault à l'ouest, dans le nord-est de l'Hérault, dans le Gard et l'extrême sud de l'Ardèche, c'est à dire en majorité dans la garrigue, à faible altitude (deux cent mètres en moyenne). On en connaît une trentaine.

Le grès et surtout le calcaire ont été utilisés pour des stèles de petite taille (entre quarante et soixante quinze centimètres) et des dalles anthropomorphes plus imposantes (d'un mètre à un mètre soixante-quinze) les premières plus fréquentes dans le groupe héraultais, les secondes dans le groupe gardois
Ces statues ont une technique en commun, sorte de bas-relief peu accusé, à la gravure large, avec un choix d'une seule face pour le décor, le dos n'étant jamais orné. Elles se distinguent en outre du groupe rouergat par leur plus grande simplicité : seule la partie supérieure du corps est figurée de façon très sommaire d'ailleurs, jamais les jambes.

Dans le groupe gardois la face est réduite à un relief caractéristique en forme de T (yeux et nez) alors que les stèles héraultaises sont "à tête de chouette" (comme la stèle du Bouisset à Ferrières-les-Verreries), les yeux figurés étant surmontés de sourcils et soulignés de part et d'autre du nez, par des tatouages. Les bras sont représentés ou non, de même que les côtés. Certaines statues sont féminisées par l'adjonction de seins (jamais les têtes de chouettes), mais les colliers sont rares. D'autres portent des sortes de crosses ou des objets qui rappellent le groupe rouergat et évoquent des contacts et influences. Les deux groupes languedociens s' interpénètrent et pourraient se succéder dans le temps, les "têtes de chouettes"étant un peu plus récentes.

Plusieurs stèles languedociennes ont été découvertes sur des sites d'habitat. Quelques autres dans des sépultures collectives de types divers. Elles pouvaient avoir des fonctions différentes, puisque dans un cas associées à des lieux de vie et dans l'autre au domaine de la mort. Leur rôle différait tout autant des statues menhirs rouergates isolées dans leur forêts.

Ces étranges divinités au regard fixe, dénuées d'expression, ont certes été faites par l'homme néolithique à son image, en ce sens que ce sont bien des dieux et des déesses anthropomorphes, mais ces dieux sont muets et sourds, dé-pourvus de bouche et d'oreilles, et il ne s'agit pas de divinités familières et bénignes. Par leur schématisme, leur caractère stéréotypé, leur manque de réalisme anatomique, ils se distinguent fondamentalement de cette humanité qui les a créés et voulus à la fois proches et différents.


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